Wednesday, February 18, 2026

Entrons dans le Désert avec le Christ : Une Réflexion sur le Carême. (Luc 4:1-13)

 

Le récit des tentations de Jésus (Luc 4, 1-13) se déroule après son baptême où la Voix venue du Ciel le déclare « Fils bien-Aimé ». Le désert devient alors le premier lieu où cette identité est mise à l'épreuve, révélée et vécue. Le Carême, qui débute dans le calendrier liturgique aujourd’hui, reflète délibérément cette expérience du désert. Pendant 40 jours, nous serons aussi tentés de manières diverses. Mias Jesus nous donne la clé de la victoire.

Luc présente cet épisode avec une précision théologique qu'il est facile de négliger. Jésus, « rempli du Saint-Esprit », conduit par l'Esprit, est ensuite « tenté par le diable ». La présence de l'Esprit n'élimine pas le combat spirituel ; au contraire, elle l'inaugure. Le désert est un lieu de vérité, où les illusions sont dévoilées et où la question fondamentale se pose : « Que signifie réellement vivre en enfants bien-aimés de Dieu, en fils et filles de Dieu ? » La tentation, en ce sens, n'est pas simplement une séduction morale ; c'est essentiellement un combat pour notre vocation divine et la confiance en Dieu, surtout lorsque nous sommes le plus vulnérables.

À présent, examinons les tentations telles que présentées par Luc. Chaque tentation vise une déformation différente de la filiation divine du Christ. La première, « Ordonne à cette pierre de devenir du pain », concerne nos besoins biologiques. Nous savons ce qu'est la faim, nous l'avons éprouvée directement ou indirectement. L'invitation adressée au Christ par Satan était de réduire sa filiation divine à l'autosuffisance, d'instrumentaliser son pouvoir pour un soulagement immédiat.

Jésus répondit en s'appuyant sur la Parole de Dieu, tirée du livre du Deutéronome : « L'homme ne vit pas seulement de pain. » L'enjeu ici n'est pas le pain contre l'esprit, mais pousser Jesus a utilisé son pouvoir pour satisfaire ses intérêts personnels. Or, Jésus fait souvent le contraire : son pouvoir se trouve dans l’amour, amour pour Dieu son Père, amour pour nous.  C’est pourquoi il se donne en nourriture pour nous. Le jeûne du Carême prend alors tout son sens, non pas comme un simple renoncement au corps (car certains jeûnent pour des raisons non spirituelles ou religieuses, comme le désir de perdre du poids, etc.), mais comme une réorganisation de nos désirs humains afin que nos besoins n'altèrent pas notre confiance en Dieu.

La seconde tentation concerne l'autorité sur « tous les royaumes du monde ». Elle détourne l'attention de la survie, liée aux besoins biologiques, vers la domination, envisagée comme un besoin spirituel. Ici, la séduction est politique et expansionniste ; elle vise à atteindre le bien en s'emparant du contrôle, en substituant à l'obéissance aimante et progressive l'immédiateté du spectaculaire et la coercition. La logique du diable est toujours la même : celle du « la fin justifie les moyens », qui consiste à sacrifier la fidélité à Dieu et à ses commandements pour une gloire humaine et vaine.

La réponse de Jésus est éclairante : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu le serviras lui seul. » L’adoration de Dieu ne se limite pas aux rites liturgiques ; elle touche fondamentalement à notre orientation existentielle. Adorer Dieu seul (comme nous le demande Deutéronome 6, 4-8) revient à refuser l’absolutisation de toute puissance inférieure, y compris notre propre capacité d’influencer le cours des événements. La pratique du Carême, faite de prière et d’aumône, prend tout son sens. Cela nous aide à résister à cette tentation, à lâcher prise sur notre volonté de dominer et à orienter nos cœurs vers la révérence envers Dieu notre Créateur.

La troisième tentation , « Jette-toi d’ici », est la plus subtile de toutes . Elle se pare de références spirituelles. C’est un avertissement : le diable sait déformer la vérité, faire passer son mensonge pour vérité, le rendre séduisant. C’est une distorsion religieuse qui cherche à contraindre Dieu à agir, à transformer notre confiance en preuve de sa providence et de sa protection, et même à métamorphoser la foi en une démonstration de puissance. On le constate aujourd’hui chez tant de pseudo-prophètes qui mettent en scène des « soi-disant miracles » pour se glorifier et tromper les foules non informées et leurs disciples. Jésus répond également en disant : « Ne tentez pas le Seigneur votre Dieu. »

La confiance authentique en Dieu ne cherche pas à manipuler . Dieu veut que nous nous confiions à Lui, que nous nous abandonnions à Sa volonté éternelle. Croire en Dieu implique de prendre des risques pour défendre la vérité, pour prendre la parole en faveur des pauvres et des marginalisés. Cela nous rend vulnérables. L'invitation du Carême à un silence et à un examen de conscience plus profonds peut être interprétée ici comme un apprentissage d'une foi sans présomption, où Dieu n'est ni mis en doute ni contraint, mais attendu avec une confiance filiale.

Ce qui met en lumière le secret de la victoire de Jésus sur Satan : ce qui frappe dans les trois réponses, c’est le mode de victoire de Jésus. Il ne s’appuie ni sur une intuition personnelle ni sur une simple détermination, mais sur la Parole qu’il a su se remémorer. L’Écriture n’est pas un texte instrumentalisé, mais notre source de fidélité, notre arme pour démasquer les ruses du diable.

Dans le désert, Jésus s’inscrit si profondément dans l’histoire d’Israël que la tentation trouve sa réponse dans le souvenir de l’alliance. Pour nous, chrétiens entrant en Carême, cela signifie que notre résilience se forge moins par la quantité de décisions que nous prenons que par la profondeur de notre enracinement, en demeurant dans la Parole jusqu’à ce qu’elle devienne un réflexe de notre cœur. C’est en nous appuyant sur la PAROLE DE DIEU que nous pouvons vaincre l’ennemi. Voilà pourquoi nous devons connaître la Parole de Dieu et la laisser demeurer en nous.

 

Saint Luc conclut cet épisode sur une note très profonde : le diable s’en va « jusqu’à un moment propice ». La tentation n’est pas un épisode isolé que l’on surmonte une fois pour toutes ; c’est une dimension constante du cheminement de disciple. L’expérience du désert nous a déjà révélé le modèle de persévérance que nous devons suivre : être réceptifs à la parole de Dieu et ne pas nous croire autosuffisants, adorer Dieu sans compromis et placer toute notre confiance en lui. Le Carême nous offre l’occasion de redécouvrir nos sources de tentation et de les affronter de front.

Suivre le Christ durant le Carême, c'est accepter une nouvelle éducation de nos désirs et de nos engagements, laisser l'Esprit nous guider là où nos dépendances, nos ambitions et nos angoisses apparaissent sans fard. Le désert, paradoxalement, devient un lieu de grâce, où le croyant redécouvre que la vie est un don, que Dieu seul est Dieu, et que la confiance n'a pas besoin d'être prouvée. Puisse le Seigneur nous donner la force de l’Esprit Saint pour vivre notre expérience du désert et en ressortir vainqueurs comme et avec Jésus. 


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