
La lecture du
prophète Jérémie commence par un souvenir empreint de tendresse. Dieu se
rappelle le premier amour de son peuple :
« Je me souviens de la fidélité de ta jeunesse, de
ton amour de jeune épouse, lorsque tu me suivais au désert. »
Ces paroles
révèlent le cœur d’un Dieu qui se souvient des débuts de sa relation avec les
Israélites. Autrefois, Israël suivait Adonaï à travers le désert, un lieu
d’incertitude où la survie dépendait entièrement de la conduite et de la
providence de Dieu.
Il est vrai que
le désert était éprouvant, mais le peuple vivait dans la proximité de Dieu. Il faisait confiance à Celui qui le guidait. Plus tard, Dieu le conduisit
vers « une terre fertile », où il pouvait jouir de ses fruits et de ses
bénédictions. Pourtant, la prospérité finit par lui faire oublier le Dieu qui
l’avait libéré d’Égypte. Le peuple accueillit les dons, mais négligea peu à peu
Celui qui les lui avait donnés.
Les prêtres ne
posaient plus la question essentielle de la foi : « Où est le Seigneur ? » Ceux qui enseignaient la Loi cessèrent de Le connaître. Les dirigeants
se révoltèrent contre Dieu, et les prophètes suivirent ce qui ne pouvait pas
les sauver. Certains se laissèrent même séduire par l’esprit de Baal. Les
structures religieuses continuèrent d’exister comme de simples formalités, mais
la relation vivante avec Dieu s’était profondément affaiblie. Et ce compromis est
inacceptable devant le Seigneur Dieu.
Ce danger menace
encore les croyants aujourd’hui. Nous pouvons nous habituer aux bénédictions de
Dieu tout en devenant moins attentifs à sa présence. Nous pouvons continuer à
prier, à participer au culte et à remplir nos obligations religieuses, sans plus
nous demander sincèrement : « Où est le Seigneur dans ma vie ? Que
veut-il me dire ? Où me conduit-il ? »
Dieu décrit ensuite le péché de son peuple à travers
une image saisissante :
« Ils m’ont abandonné, moi, la source d’eau vive, et
ils se sont creusé des citernes, des citernes fissurées qui ne retiennent pas
l’eau. »
Une source fait
jaillir une eau fraîche et vive. Une citerne ne
fait que conserver l’eau qui y a été recueillie, et une citerne fissurée est
incapable de retenir même cette eau. Israël avait abandonné le Dieu vivant pour
placer sa confiance dans les idoles, les alliances politiques avec des nations
étrangères, les biens matériels de toutes sortes et la puissance humaine.
Nous pouvons
faire de même chaque fois que nous attendons des réalités créées qu’elles
étanchent la soif la plus profonde de notre cœur. Cela peut concerner notre
quête de réussite, d’argent, de reconnaissance, de relations, de plaisir ou de
contrôle. Toutes ces choses peuvent procurer un réconfort passager. Mais elles
ne peuvent donner la paix, le sens et le renouvellement intérieur qui viennent
de Dieu seul.
Cela ne signifie
pas que ces réalités soient toujours mauvaises. Le problème commence lorsque
nous leur demandons de devenir notre source de vie. Toute citerne fissurée
finit par nous décevoir, parce qu’elle ne peut porter le poids de nos
espérances les plus profondes.
L’Évangile nous
aide à comprendre pourquoi certaines personnes accueillent la parole de Dieu,
tandis que d’autres restent indifférentes. Jésus dit à ses disciples :
« Heureux vos yeux, parce qu’ils voient, et vos
oreilles, parce qu’elles entendent. »
Les paraboles de
Jésus révèlent les mystères du Royaume, mais elles exigent un cœur ouvert. Certains n’entendent qu’une histoire. D’autres reconnaissent que Dieu
s’adresse directement à eux. La différence ne tient pas seulement à
l’intelligence ou à l’instruction. Elle réside dans la volonté d’écouter,
d’accueillir et de se laisser transformer.
Le cœur peut
s’endurcir sous l’effet de l’orgueil, du péché répété, des distractions, du
ressentiment ou de l’attachement excessif à ses propres opinions. Nous pouvons
entendre les Écritures bien des fois sans leur permettre de remettre en
question nos choix. Nous pouvons admirer la parole de Dieu sans lui obéir.
Pensons à Hérode, qui aimait écouter Jean-Baptiste, mais refusait pourtant de
se convertir.
Jésus nous
appelle à bien plus qu’une simple écoute extérieure. Il nous demande l’écoute attentive du disciple. Une telle écoute permet à
la Parole d’entrer dans le cœur, de dévoiler nos fausses sécurités et de nous
ramener vers l’eau vive.
Peut-être avons-nous
autrefois suivi Dieu avec davantage de confiance et d’enthousiasme. Peut-être notre
prière est-elle devenue aride, notre foi routinière ou notre cœur partagé. Dieu
ne nous rappelle pas notre premier amour simplement pour nous accuser. Il nous
invite à revenir vers Lui, la source d’eau vive.
Abandonnons
ensemble les citernes fissurées. Revenons à la source de vie. Posons de nouveau
cette question : « Où est le Seigneur ? » Ouvrons nos yeux à sa présence
et nos oreilles à sa parole. Le Dieu qui se souvient de notre premier amour est
encore prêt à le renouveler aujourd’hui.
Prions
Seigneur, source
d’eau vive, pardonne-moi d’avoir cherché la vie dans des réalités qui ne
peuvent véritablement me combler. Ouvre mes yeux afin que je reconnaisse ta
présence, et mes oreilles afin que j’accueille ta parole. Renouvelle en moi mon
premier amour pour toi, libère mon cœur de ses fausses sécurités et
apprends-moi à te suivre de nouveau avec confiance et fidélité. Amen.🙏🙏🙏





