Chers
frères et sœurs, les lectures bibliques d'aujourd'hui nous amènent à la raison
profonde pour laquelle l'humanité continue de souffrir de division et de
souffrance. Certes, nous vivons des moments de grâce et de présence divine.
Mais nous constatons aussi que nos vies, personnelles et collectives, portent
les marques des promesses non tenues et de l'infidélité à l'alliance divine.
L'une des caractéristiques les plus étonnantes de la sagesse biblique est
qu'elle ne cache pas les échecs de grandes figures comme David, Salomon et
d'autres. Au contraire, leurs faiblesses sont relatées avec la franchise d'une
confession. On pourrait se demander : « Pourquoi donc l'Écriture
expose-t-elle si clairement leurs chutes ? » Je pense que c'est précisément
pour nous montrer la constance de la miséricorde de Dieu et la nécessité de
nous humilier devant lui.
Les conséquences de l'idolâtrie : Dans la première lecture, le prophète Ahija rencontre
Jéroboam sur la route. Il déchire son manteau neuf en douze morceaux et en
donne dix à Jéroboam. Ahija explique la signification de son geste. Salomon,
qui avait jadis prié Dieu de lui accorder un cœur attentif pour rendre justice
à ce peuple et discerner le bien du mal, avait laissé son cœur s'éloigner de
Dieu. L'Écriture nous dit clairement que « ses femmes détournèrent son
cœur vers d'autres dieux ».
Le défi de la persévérance : Salomon s’est éloigné de Dieu dans sa vieillesse. Son
échec est riche d’enseignements. La persévérance dans notre alliance avec Dieu
est essentielle. Nous pouvons être doués, voire spirituellement perspicaces,
mais savoir utiliser ces dons selon la volonté de Dieu et persévérer sur le
chemin de la droiture demeure un défi immense. Si même Salomon, l’homme le plus
sage, a pu laisser son cœur se tourner vers l’idolâtrie, alors nous devons
reconnaître que notre relation avec Dieu exige humilité et vigilance constante.
Comme
le dit saint Thomas d'Aquin : « Puisque la grâce ne détruit pas la nature
mais la perfectionne, il est nécessaire que la raison naturelle serve la foi,
tout comme l'inclination naturelle de la volonté sert la charité. » [1]Ce
que Dieu a élevé en Salomon, c'est une nature qui exigeait encore vigilance et
discipline. La persévérance dans la foi n'est pas garantie par un commencement
privilégié. La grâce divine peut nous élever et nous guérir, mais elle ne nous
dispense pas de la nécessité de progresser dans des vertus solides. La
sagesse, don divin, ne se mue pas automatiquement en prudence acquise, pas plus
que l'élection divine n'annule l'érosion progressive qui résulte de compromis
répétés avec notre foi . Les affections naturelles de Salomon se sont
développées sans référence au Dieu de ses ancêtres.
Vivre en peuple d'alliance : Il est donc essentiel de se rappeler que nous sommes un
peuple lié par une alliance avec Dieu . Lorsque les créatures de Dieu
abandonnent son amour d'alliance, l'unité du peuple ne peut plus être
maintenue. Notre monde souffre énormément des conséquences sociales des péchés
individuels. Dieu utilise l'histoire de Salomon pour nous faire prendre conscience
du prix de l'infidélité à son alliance et de l'urgence de revenir à lui, qui
seul peut guérir nos blessures et nos divisions.
La grâce sans frontières : Dans l'Évangile, Jésus entre dans la Décapole. Ses habitants
étaient considérés comme éloignés du culte de Dieu. La présence de Jésus dans
cette région proclame que la miséricorde de Dieu est sans limites. « On lui
amena un sourd qui parlait. » Jésus prend l'homme à l'écart, loin du bruit
et de l'agitation, met ses doigts dans ses oreilles et touche sa langue avec sa
propre salive. Puis il lève les yeux au ciel.
Le geste de lever les yeux au ciel revêt une grande importance
dans cet Évangile . Jésus lève les yeux
au ciel lors d'actes qui donnent la vie : avant la multiplication des
pains, avant la résurrection de Lazare, etc. Il sait que sa puissance découle
du lien d'amour éternel qui l'unit à Dieu le Père. Ainsi, il nous montre que tout
acte de guérison commence par une soumission recueillie et priante à la volonté
du Père.
Alors
Jésus prononce un seul mot : Ephphatha ;
« Ouvre-toi ! » Aussitôt, les oreilles de l’homme s’ouvrirent,
son bégaiement disparut et il parla distinctement. Jésus pénètre nos failles
humaines pour restaurer notre capacité même à vivre de nouveau en
alliance ; il ouvre nos oreilles pour entendre à nouveau la voix de Dieu,
nos langues pour dire la vérité, nos cœurs pour accueillir les uns les autres.
Mais la question est : « Sommes-nous prêts à le laisser nous emmener
loin de la foule, dans un lieu isolé où il parlera à notre cœur ? »