Wednesday, February 18, 2026

Entrons dans le Désert avec le Christ : Une Réflexion sur le Carême. (Luc 4:1-13)

 

Le récit des tentations de Jésus (Luc 4, 1-13) se déroule après son baptême où la Voix venue du Ciel le déclare « Fils bien-Aimé ». Le désert devient alors le premier lieu où cette identité est mise à l'épreuve, révélée et vécue. Le Carême, qui débute dans le calendrier liturgique aujourd’hui, reflète délibérément cette expérience du désert. Pendant 40 jours, nous serons aussi tentés de manières diverses. Mias Jesus nous donne la clé de la victoire.

Luc présente cet épisode avec une précision théologique qu'il est facile de négliger. Jésus, « rempli du Saint-Esprit », conduit par l'Esprit, est ensuite « tenté par le diable ». La présence de l'Esprit n'élimine pas le combat spirituel ; au contraire, elle l'inaugure. Le désert est un lieu de vérité, où les illusions sont dévoilées et où la question fondamentale se pose : « Que signifie réellement vivre en enfants bien-aimés de Dieu, en fils et filles de Dieu ? » La tentation, en ce sens, n'est pas simplement une séduction morale ; c'est essentiellement un combat pour notre vocation divine et la confiance en Dieu, surtout lorsque nous sommes le plus vulnérables.

À présent, examinons les tentations telles que présentées par Luc. Chaque tentation vise une déformation différente de la filiation divine du Christ. La première, « Ordonne à cette pierre de devenir du pain », concerne nos besoins biologiques. Nous savons ce qu'est la faim, nous l'avons éprouvée directement ou indirectement. L'invitation adressée au Christ par Satan était de réduire sa filiation divine à l'autosuffisance, d'instrumentaliser son pouvoir pour un soulagement immédiat.

Jésus répondit en s'appuyant sur la Parole de Dieu, tirée du livre du Deutéronome : « L'homme ne vit pas seulement de pain. » L'enjeu ici n'est pas le pain contre l'esprit, mais pousser Jesus a utilisé son pouvoir pour satisfaire ses intérêts personnels. Or, Jésus fait souvent le contraire : son pouvoir se trouve dans l’amour, amour pour Dieu son Père, amour pour nous.  C’est pourquoi il se donne en nourriture pour nous. Le jeûne du Carême prend alors tout son sens, non pas comme un simple renoncement au corps (car certains jeûnent pour des raisons non spirituelles ou religieuses, comme le désir de perdre du poids, etc.), mais comme une réorganisation de nos désirs humains afin que nos besoins n'altèrent pas notre confiance en Dieu.

La seconde tentation concerne l'autorité sur « tous les royaumes du monde ». Elle détourne l'attention de la survie, liée aux besoins biologiques, vers la domination, envisagée comme un besoin spirituel. Ici, la séduction est politique et expansionniste ; elle vise à atteindre le bien en s'emparant du contrôle, en substituant à l'obéissance aimante et progressive l'immédiateté du spectaculaire et la coercition. La logique du diable est toujours la même : celle du « la fin justifie les moyens », qui consiste à sacrifier la fidélité à Dieu et à ses commandements pour une gloire humaine et vaine.

La réponse de Jésus est éclairante : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu le serviras lui seul. » L’adoration de Dieu ne se limite pas aux rites liturgiques ; elle touche fondamentalement à notre orientation existentielle. Adorer Dieu seul (comme nous le demande Deutéronome 6, 4-8) revient à refuser l’absolutisation de toute puissance inférieure, y compris notre propre capacité d’influencer le cours des événements. La pratique du Carême, faite de prière et d’aumône, prend tout son sens. Cela nous aide à résister à cette tentation, à lâcher prise sur notre volonté de dominer et à orienter nos cœurs vers la révérence envers Dieu notre Créateur.

La troisième tentation , « Jette-toi d’ici », est la plus subtile de toutes . Elle se pare de références spirituelles. C’est un avertissement : le diable sait déformer la vérité, faire passer son mensonge pour vérité, le rendre séduisant. C’est une distorsion religieuse qui cherche à contraindre Dieu à agir, à transformer notre confiance en preuve de sa providence et de sa protection, et même à métamorphoser la foi en une démonstration de puissance. On le constate aujourd’hui chez tant de pseudo-prophètes qui mettent en scène des « soi-disant miracles » pour se glorifier et tromper les foules non informées et leurs disciples. Jésus répond également en disant : « Ne tentez pas le Seigneur votre Dieu. »

La confiance authentique en Dieu ne cherche pas à manipuler . Dieu veut que nous nous confiions à Lui, que nous nous abandonnions à Sa volonté éternelle. Croire en Dieu implique de prendre des risques pour défendre la vérité, pour prendre la parole en faveur des pauvres et des marginalisés. Cela nous rend vulnérables. L'invitation du Carême à un silence et à un examen de conscience plus profonds peut être interprétée ici comme un apprentissage d'une foi sans présomption, où Dieu n'est ni mis en doute ni contraint, mais attendu avec une confiance filiale.

Ce qui met en lumière le secret de la victoire de Jésus sur Satan : ce qui frappe dans les trois réponses, c’est le mode de victoire de Jésus. Il ne s’appuie ni sur une intuition personnelle ni sur une simple détermination, mais sur la Parole qu’il a su se remémorer. L’Écriture n’est pas un texte instrumentalisé, mais notre source de fidélité, notre arme pour démasquer les ruses du diable.

Dans le désert, Jésus s’inscrit si profondément dans l’histoire d’Israël que la tentation trouve sa réponse dans le souvenir de l’alliance. Pour nous, chrétiens entrant en Carême, cela signifie que notre résilience se forge moins par la quantité de décisions que nous prenons que par la profondeur de notre enracinement, en demeurant dans la Parole jusqu’à ce qu’elle devienne un réflexe de notre cœur. C’est en nous appuyant sur la PAROLE DE DIEU que nous pouvons vaincre l’ennemi. Voilà pourquoi nous devons connaître la Parole de Dieu et la laisser demeurer en nous.

 

Saint Luc conclut cet épisode sur une note très profonde : le diable s’en va « jusqu’à un moment propice ». La tentation n’est pas un épisode isolé que l’on surmonte une fois pour toutes ; c’est une dimension constante du cheminement de disciple. L’expérience du désert nous a déjà révélé le modèle de persévérance que nous devons suivre : être réceptifs à la parole de Dieu et ne pas nous croire autosuffisants, adorer Dieu sans compromis et placer toute notre confiance en lui. Le Carême nous offre l’occasion de redécouvrir nos sources de tentation et de les affronter de front.

Suivre le Christ durant le Carême, c'est accepter une nouvelle éducation de nos désirs et de nos engagements, laisser l'Esprit nous guider là où nos dépendances, nos ambitions et nos angoisses apparaissent sans fard. Le désert, paradoxalement, devient un lieu de grâce, où le croyant redécouvre que la vie est un don, que Dieu seul est Dieu, et que la confiance n'a pas besoin d'être prouvée. Puisse le Seigneur nous donner la force de l’Esprit Saint pour vivre notre expérience du désert et en ressortir vainqueurs comme et avec Jésus. 


Entering the Desert with Christ: A Lenten Reflection. (Luke 4:1-13)

The narrative of the temptations of Jesus (Luke 4:1-13) happened after the baptism of Jesus, when the Voice from Heaven has declared Jesus as “Son”. The desert becomes the first arena in which that identity is tested, clarified, and enacted. Lent, beginning in the Church’s calendar, deliberately reflects this desert experience.

Luke presents the episode with a theological precision that is easy to overlook. Jesus “filled with the Holy Spirit”, led by the Spirit, and then “tempted by the devil.” The presence of the Spirit does not eliminate struggle; rather it inaugurates it. The wilderness is place of truth, where illusions are exposed, and the fundamental question surfaces: “What does it really mean to live as God’s beloved, as Sons and Daughters of God?”  Temptation, in this sense, is not simply a moral seduction; it is essentially a contest over divine call and trust in God, especially when we are most vulnerable.

Now, let’s look at the temptations as presented by Luke. Each temptation targets a different distortion of sonship of Christ. The first, “command this stone to become bread”, addresses the realm of our bodily needs.  We know what hunger is, have experienced it directly or indirectly. The invitation addressed to Christ by satan was to reduce his divine sonship to self-sufficiency, to instrumentalize his power for immediate relief. Jesus replied relying on the Word of God from the book of Deuteronomy: “One does not live by bread alone.” The issue at steak here is not bread versus spirit, but provision versus possession. Life is sustained not only by what we secure but by what we receive. Fasting during Lent become intelligible, not simply as a denial of the body (because some people do fast for non-spiritual and religious reasons like those who want to lose weight, etc.), but for a reordering of our human desire so that our needs do not tyrannize our trust in GOD.

The second temptation, concerns authority over “all the kingdoms of the world.” It shifts the attention from survival connected to biological needs to dominion as spiritual need. Here the seduction is political and expansive; it aims to achieve the good by seizing control, by passing the slow obedience of love through the immediacy of what is spectacular and through coercion. The devil’s logic is always the same; it’s the logic of the “end justifies the means”, compromising faithfulness in God and His commandments for human and vain glory.

Jesus’ response is illuminating: “Worship the Lord your God and serve him only”. The worship of God is not simply liturgical rites; it has to do fundamentally with our existential orientation. To adore God alone (as demanded in Deuteronomy 6: 4-8) is to resist the absolutizing of any lesser power, including one’s own capacity to influence events. Lent’s practice of Prayer, Almsgiving help us resist this temptation. It helps us loose the grip of our will to dominate and redirects our hearts toward reverence of God our Creator.

The 3rd temptation, “Throw yourself down from here,” is the most subtle of all. It is clothed in spiritual citation. This is a warning to us to know that the devil knows how to twist the truth, make his lie look like truth, appear attractive. It is a religious distortion that seeks to compel God to act, convert our trust into proof of God’s providence and protection and even transforming faith into a staged demonstration of power. We see this today in so many pseudo-prophets that stage “miracle” to glorify themselves and deceive uninformed crowds, and their followers.  Jesus replies also saying: “Do not put the Lord your God to the test.”

Authentic trust in God does not seek to manipulate. God wants us to confide in Him, abandon ourselves to His eternal Will. Believing in God implies taking risks to stand for the truth, to speak out for the poor and marginalize. This makes us vulnerable.  Lent’s invitation to deeper silence and examen can be read here as a schooling in non-presumptive faith, where God is neither doubted nor coerced but awaited.

Highlighting the secret of Jesus’ victory over satan: What is striking across the three replies is Jesus’ mode of victory. He does not argue from private insight or sheer resolve but from the remembered Word. Scripture functions not as a weaponized text but as our source of fidelity, our weapon to unmask the strategies of the devil. In the desert, Jesus inhabits Israel’s story so completely that temptation is answered from within covenant memory. For us Christians entering Lent, this suggests that our resilience is cultivated less by the quantity of Lenten decision we take than by depth of rootedness, by dwelling in the Word until it becomes the reflex of the heart. It is by relying on the WORD OF GOD that we can defeat the enemy. This is the reason why we need to know the Word of God, allow it to dwell in our hearts.


St Luke concludes the episode with a very sobering note : the devil departs “until an opportune time.” Temptation is not a single episode we overcome once for all ; it is a recurring dimension of discipleship. The desert experience has already disclosed the pattern of endurance we should follow : being receptive to God’s word and not being self-sufficiency, worshiping God without compromise, and putting our whole trust in God. Lent offers us the opportunity to rediscover our areas of temptation and confront them head on.

To follow Christ into Lent is to consent to a reeducation of our desire and commitment, to allow the Spirit to lead us into places where our dependencies, ambitions, and anxieties are named without disguise. The wilderness, paradoxically, becomes a place of grace, where the believer learns again that life is gift, that God alone is God, and that trust need not prove itself to be real. 

May God help us live a fruitful Lent of conversion of heart for move fraternity among us🙏🙏🙏


Friday, February 13, 2026

Unis et Guéris par l'Amour de l'Alliance Divine. (1 Rois 11:29-32; 12:19. Marc 7, 31-37).

 

Chers frères et sœurs, les lectures bibliques d'aujourd'hui nous amènent à la raison profonde pour laquelle l'humanité continue de souffrir de division et de souffrance. Certes, nous vivons des moments de grâce et de présence divine. Mais nous constatons aussi que nos vies, personnelles et collectives, portent les marques des promesses non tenues et de l'infidélité à l'alliance divine. L'une des caractéristiques les plus étonnantes de la sagesse biblique est qu'elle ne cache pas les échecs de grandes figures comme David, Salomon et d'autres. Au contraire, leurs faiblesses sont relatées avec la franchise d'une confession. On pourrait se demander : « Pourquoi donc l'Écriture expose-t-elle si clairement leurs chutes ? » Je pense que c'est précisément pour nous montrer la constance de la miséricorde de Dieu et la nécessité de nous humilier devant lui.

Les conséquences de l'idolâtrie : Dans la première lecture, le prophète Ahija rencontre Jéroboam sur la route. Il déchire son manteau neuf en douze morceaux et en donne dix à Jéroboam. Ahija explique la signification de son geste. Salomon, qui avait jadis prié Dieu de lui accorder un cœur attentif pour rendre justice à ce peuple et discerner le bien du mal, avait laissé son cœur s'éloigner de Dieu. L'Écriture nous dit clairement que « ses femmes détournèrent son cœur vers d'autres dieux ».

Le défi de la persévérance : Salomon s’est éloigné de Dieu dans sa vieillesse. Son échec est riche d’enseignements. La persévérance dans notre alliance avec Dieu est essentielle. Nous pouvons être doués, voire spirituellement perspicaces, mais savoir utiliser ces dons selon la volonté de Dieu et persévérer sur le chemin de la droiture demeure un défi immense. Si même Salomon, l’homme le plus sage, a pu laisser son cœur se tourner vers l’idolâtrie, alors nous devons reconnaître que notre relation avec Dieu exige humilité et vigilance constante.

Comme le dit saint Thomas d'Aquin : « Puisque la grâce ne détruit pas la nature mais la perfectionne, il est nécessaire que la raison naturelle serve la foi, tout comme l'inclination naturelle de la volonté sert la charité. » [1]Ce que Dieu a élevé en Salomon, c'est une nature qui exigeait encore vigilance et discipline. La persévérance dans la foi n'est pas garantie par un commencement privilégié. La grâce divine peut nous élever et nous guérir, mais elle ne nous dispense pas de la nécessité de progresser dans des vertus solides. La sagesse, don divin, ne se mue pas automatiquement en prudence acquise, pas plus que l'élection divine n'annule l'érosion progressive qui résulte de compromis répétés avec notre foi . Les affections naturelles de Salomon se sont développées sans référence au Dieu de ses ancêtres.

Vivre en peuple d'alliance : Il est donc essentiel de se rappeler que nous sommes un peuple lié par une alliance avec Dieu . Lorsque les créatures de Dieu abandonnent son amour d'alliance, l'unité du peuple ne peut plus être maintenue. Notre monde souffre énormément des conséquences sociales des péchés individuels. Dieu utilise l'histoire de Salomon pour nous faire prendre conscience du prix de l'infidélité à son alliance et de l'urgence de revenir à lui, qui seul peut guérir nos blessures et nos divisions.

La grâce sans frontières : Dans l'Évangile, Jésus entre dans la Décapole. Ses habitants étaient considérés comme éloignés du culte de Dieu. La présence de Jésus dans cette région proclame que la miséricorde de Dieu est sans limites. « On lui amena un sourd qui parlait. » Jésus prend l'homme à l'écart, loin du bruit et de l'agitation, met ses doigts dans ses oreilles et touche sa langue avec sa propre salive. Puis il lève les yeux au ciel.

Le geste de lever les yeux au ciel revêt une grande importance dans cet Évangile . Jésus lève les yeux au ciel lors d'actes qui donnent la vie : avant la multiplication des pains, avant la résurrection de Lazare, etc. Il sait que sa puissance découle du lien d'amour éternel qui l'unit à Dieu le Père. Ainsi, il nous montre que tout acte de guérison commence par une soumission recueillie et priante à la volonté du Père.

Alors Jésus prononce un seul mot : Ephphatha ; « Ouvre-toi ! » Aussitôt, les oreilles de l’homme s’ouvrirent, son bégaiement disparut et il parla distinctement. Jésus pénètre nos failles humaines pour restaurer notre capacité même à vivre de nouveau en alliance ; il ouvre nos oreilles pour entendre à nouveau la voix de Dieu, nos langues pour dire la vérité, nos cœurs pour accueillir les uns les autres. Mais la question est : « Sommes-nous prêts à le laisser nous emmener loin de la foule, dans un lieu isolé où il parlera à notre cœur ? »



[1] Somme théologique I, q.1, a.8


United and Healed by God’s Covenant Love. (1 Kgs 11:29-32; 12:19. Mk 7:31-37).

 

Dear Brothers and Sisters, today’s Scripture readings take us to the deep reason why humanity continues to suffer division and brokenness. Surely, we experience moments of graces and of divine presence. But we also realize that our personal and collective lives carry the marks of broken promises and unfaithfulness to the divine covenant. One of the most astonishing features of biblical wisdom is that it does not hide failures of great figures like David, Solomon, and others. Instead, their weakness is narrated with the honesty of an open confession. One might ask, “why then does Scripture lay bare their falls so plainly? I think it is precisely to show us the steadfastness of God’s mercy and the need for us to be humble before God.

The consequence of Idolatry: In the first reading, the prophet Ahijah meets Jeroboam on the road. He tears his new cloak into twelve pieces and gives ten to Jeroboam. Ahijah explains the meaning of his gesture. Solomon, who once asked God for a listening heart to render justice to this people and discern good from evil, had let his heart drift from God. Scripture tells us plainly that “His wives turned his heart after other gods.”

The challenge of perseverance: Solomon drifted away from God in his old age. His failure teaches us a lot. Perseverance in our covenant relationship with God is crucial. We may be gifted, even spiritually perceptive, but knowing how to use those gifts in accordance with God’s will, and persevering in that path of righteousness, remains a huge challenge. If the wisest man, Solomon, could let his heart turn toward idolatry, then we must acknowledge that our relationship with God requires humility and constant vigilance.

As St Thomas of Aquinas says: “Since grace does not destroy nature but perfects it, it is necessary that natural reason should serve faith, just as the natural inclination of the will serves charity.”[1]  What God has elevated in Solomon was a nature that still required vigilance and discipline. Perseverance in faith is not guaranteed by a privileged beginning. Divine grace can elevate and heal us, but it does not remove the need for us to grow in stable virtues. Wisdom as a divine gift does not automatically become prudence as a habit, nor does divine election cancel the slow erosion that comes from repeated compromises with our faith. Solomon’s natural affections grew without reference to the God of his ancestors.

Living as a People of Covenant: Therefore, it is important to remind ourselves that we are people in a Covenant relationship with God. When God’s creatures abandon his covenant love, the unity of the people cannot hold any longer. Our world suffers greatly from the social consequences of individual sins. God uses Solomon’s story to awaken us to the cost of unfaithfulness to His Covenant and the urgency of returning to Him who alone can heal our wounds and divisions.

Grace without border: In the Gospel, Jesus enters the Decapolis. The inhabitants were considered distant from the worship of God. The presence of Jesus in this region proclaims that God’s mercy knows no borders. “They brought him a man who is deaf and had a speech.” Jesus takes the man aside, away from noise, and agitation, places his fingers in his ears, and touches the tongue with his own saliva. Then he looks up to heaven.

The gesture of looking up to heaven matters a lot in this Gospel. Jesus looks heavenward at moments of life-giving action: before multiplying the loaves, before raising Lazarus, etc. He knows that His power flows from the eternal bond of love with God the Father. Thus, He shows us that every act of healing begins with prayerful surrender to the Father’s will.

Then Jesus speaks one word: Ephphatha; “Be opened.” Immediately, the man’s ears opened, his speech impediment was removed, and he spoke plainly. Jesus enters our human fractures to restore the very capacities we have to live in covenant again; he opens our ears to hear again God’s voice, our tongues to speak the truth, our hearts to receive one another.  But the question is: “Are we ready to allow Him to take us away from the crowd to a lonely place where He will speak to our heart”?



[1] Summa Theologiae I, q.1, a.8


Thursday, February 12, 2026

Entièrement Dévouée à Dieu : Les conséquences de l'échec de Salomon et la foi d'une mère. (1 Rois 11:4-13 ; Marc 7:24-30)

Chers frères et sœurs, aujourd'hui la Parole de Dieu nous conduit à un moment décisif dans la vie de Salomon et de Jésus. Dans la première lecture, le roi Salomon, qui fut jadis au cœur de l'espérance d'Israël fondée sur l'alliance, doté d'une sagesse sans précédent, est confronté au défi de persévérer dans la foi à un âge avancé. Dans l'Évangile, Jésus est interpellé par une femme considérée comme étrangère à la foi juive. Sa foi, mise à l'épreuve, s'est révélée humble et inébranlable.

 

Dans le livre des Rois, la phrase décisive est d'une simplicité poignante : « Quand Salomon fut vieux, ses femmes détournèrent son cœur vers d'autres dieux » (1 Rois 11,4). L'Écriture ne dit pas d'abord qu'il abandonna le Temple ou qu'il cessa d'offrir un culte public. Elle parle du cœur. Dans le langage biblique, le cœur n'est pas seulement le siège des émotions ; il est le centre du discernement, le lieu où l'on écoute et où l'on choisit. Salomon avait jadis demandé un « cœur attentif » (cf. 1 Rois 3,9), un cœur capable d'entendre avec justesse afin de juger avec justice et de discerner le bien du mal. Or, le drame est que ce cœur, formé à écouter Dieu, apprend peu à peu à écouter ailleurs. La dérive commence avant même que l'effondrement ne soit visible. L'histoire de Salomon nous révèle que le combat spirituel commence au fond du cœur. Nos paroles et nos actions reflètent ce qui se trouve dans notre cœur et, en fin de compte, la façon dont nous nous percevons et dont nous percevons les autres .

 

Servir Dieu d'un cœur sans partage : Le texte décrit le cœur de Salomon comme n'étant plus « entier » ni « complet » dans sa relation avec le Seigneur. On perçoit en filigrane le sens hébreu de shalem , une intégrité sans faille. L'alliance n'exige pas avant tout des performances religieuses impressionnantes ; elle exige un cœur entier . C'est pourquoi Deutéronome 6:4-8 insiste tant sur ce que Dieu attend de nous : l'adorer de tout notre cœur, de tout notre être. L'idolâtrie n'est donc pas une simple erreur rituelle. C'est une fragmentation de l'amour, un manque de dévouement au service de Dieu d'un cœur sans partage. Lorsque Dieu n'est plus le point de repère vivant, d'autres allégeances commencent à envahir l'âme. Et cela se produit progressivement jusqu'au moment dramatique. Salomon non seulement tolère le culte rival, mais il en devient le protecteur. Il construit des hauts lieux, il prête le poids de son autorité à ce qui, plus tard, blessera son peuple. Ce qui avait commencé comme un compromis privé devient une construction publique. C'est pourquoi la parole du Seigneur à Salomon est si sévère. Dieu parle comme un homme fidèle : « Puisque telle a été ta pensée… tu n’as pas respecté mon alliance » (cf. 1 Rois 11, 11). L’accusation divine n’est pas mesquine ; elle exprime l’amour blessé de l’alliance . Pourtant, même ici, le jugement divin n’est pas synonyme de destruction pure et simple. Le « non » de Dieu recèle une miséricorde surprenante : le royaume sera déchiré, mais pas du vivant de Salomon. Le texte insiste sur la fidélité de Dieu envers David et Jérusalem, une insistance qui, au-delà de la faute humaine, révèle une constance divine inébranlable.

 

En d'autres termes, l'avenir d'Israël ne repose pas sur les réalisations de Salomon, et ses compromis ne le ruineront pas définitivement. Dieu préservera à Jérusalem une lueur d'espoir, un vestige de la promesse qui ne s'explique pas par le seul mérite humain. C'est pourquoi les Israélites croient que, tant qu'il y aura une seule personne juste au monde, le monde sera sauvé . C'est un appel à ne pas renoncer à servir Dieu malgré tout le mal qui nous entoure. Mais l'essentiel est de prendre au sérieux l'amour de l'alliance que Dieu nous porte, amour offensé par nos péchés. Les conséquences de cette infidélité sont imprévisibles.

 

Le salut en Christ est pour tous : dans l’Évangile, Jésus entre à Tyr, région associée au monde païen, et Marc nous dit qu’il « ne voulait pas que cela se sache », mais qu’« il ne pouvait être caché » (Mc 7,24). Cette phrase est presque touchante : même lorsque Jésus cherche le calme, on le trouve. Une femme apparaît, sa fille tourmentée, et elle le supplie de chasser le démon. Marc la précise comme étant syro-phénicienne, double marqueur d’altérité, culturellement et religieusement en dehors du peuple de l’alliance.

 

Quand Dieu nous surprend : Vient alors cette phrase qui déconcerte nombre de lecteurs : « Laissez d’abord les enfants se rassasier, car il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens » (Mc 7, 27). Il ne faut pas en atténuer la portée, car l’Évangile ne le fait pas. Jésus parle de la priorité d’Israël dans l’histoire du salut, de la « première » des promesses de Dieu. Mais la réponse de la femme est la véritable révélation de cette scène. Elle ne conteste pas la place d’Israël. Elle ne revendique aucun droit. Elle refuse simplement le désespoir. Avec une intelligence spirituelle étonnante, elle transforme l’image : « Oui, Seigneur ; cependant, même les petits chiens, sous la table, mangent les miettes des enfants » (Mc 7, 28). Elle accepte l’ordre de la « première place », mais elle affirme que même au sein de cet ordre, il y a une abondance. Son argument n’est pas une thèse philosophique ; c’est la foi d’une mère qui s’exprime par la logique de l’amour et de l’humilité . « Si Dieu est véritablement Dieu, alors son abondance ne peut être limitée par des frontières humaines. »

 

Jésus laissa la foi de cette femme toucher son cœur . Le cœur de Salomon, baigné de privilèges, se divise et finit par s'émousser. Le cœur de la femme, confrontée à l'exclusion, s'aiguise et rayonne. Salomon possédait tout et a peu à peu perdu l'essentiel. La Syrophénicienne, avec une humilité audacieuse, touche à l'essentiel. Elle ne réclame pas une place à table ; elle demande ce que la miséricorde ne peut refuser.

 

La réponse de Jésus est immédiate et décisive : « Car, à ces mots, va ; le démon est sorti de ta fille » (Mc 7, 29). Le mot grec suggère que le moment décisif est déjà arrivé : la libération est accomplie, avant même son retour à la maison. Il ne s’agit pas d’un miracle à distance ; c’est l’autorité du Fils de Dieu face à une foi qui a touché son cœur. À Tyr, dans une maison étrangère, hors des frontières visibles du culte d’Israël, la puissance de Dieu agit. La scène proclame discrètement ce que la première lecture illustre douloureusement : l’alliance de Dieu ne se préserve pas par le prestige humain, mais par la fidélité divine ; et on y entre non seulement par la proximité, mais aussi par une foi inébranlable.

 

Les lectures d'aujourd'hui nous interpellent de façon étonnante . Le danger de la vie religieuse ne réside pas simplement dans le fait d'être « à l'église » ou « près du Temple ». Salomon était proche, et pourtant son cœur s'est éloigné de Dieu. La grâce salvatrice ne consiste pas simplement à être « loin ». La femme était loin, et pourtant elle a trouvé le chemin du cœur de Dieu. La question cruciale est de savoir si nos cœurs demeurent entiers, unis, s'ils continuent d'écouter Dieu et notre ego.

 

On attribue au philosophe grec Socrate cette déclaration lors de sa plaidoirie : « Pour un être humain, une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue » (Apologie, 38a). Un cœur qui ne prend pas le temps d’écouter Dieu risque de se perdre par des compromis insidieux. La femme syro-phénicienne nous enseigne que nous pouvons trouver Dieu dans un cri persistant du cœur, dans la persévérance, dans l’humilité qui ose dire : « Même si je ne suis pas compté parmi les enfants, je crois que ta miséricorde m’accueille. »

 

Peut-être la Parole d'aujourd'hui nous invite-t-elle à examiner ce qui, insidieusement, détourne nos cœurs de Dieu : ces concessions apparemment insignifiantes, ces alliances que nous tolérons parce qu'elles semblent anodines. L'idolâtrie se manifeste rarement par une révolte spectaculaire ; elle survient souvent comme un réarrangement progressif de nos affections . Parallèlement, la Parole de Dieu nous invite à apprendre de la femme syro-phénicienne une foi ni amère ni passive, mais confiante sans prétention. Elle nous enseigne à prier avec résignation lorsque toutes les portes semblent fermées. Apprenons aussi à prier avec une ténacité qui repose davantage sur la bonté de Dieu que sur les apparences.

 

La fidélité de Dieu est éternelle : en fin de compte, Dieu demeure ce que Salomon a oublié dans sa vieillesse et ce que la femme a découvert : le Seigneur dont l’amour est alliance, fidèle, exigeant et infiniment miséricordieux. Et si Jésus « ne pouvait être caché », c’est peut-être parce que la miséricorde divine est ainsi : elle ne peut rester confinée. Elle jaillit, tantôt à Jérusalem, tantôt à Tyr, partout où un cœur est prêt à s’ouvrir.


Wholehearted Before God: Consequences of Solomon’s Failure and a Mother’s Faith (1 Kgs 11:4-13; Mk 7:24-30)

Dear brothers and sisters, today the Word of God leads us to a decisive moment in the lives of Solomon and Jesus.  In the first reading, King Solomon, who once stood at the center of Israel’s covenantal hope, blessed with an unprecedented wisdom that had never been and will never be, is confronted with the challenge of persevering in faith in his old age. In the Gospel, Jesus is challenged by a woman considered an outsider to the Jewish faith. Her faith was tested and proven to be humble and solid.

 

In the book of Kings, the decisive phrase is painfully simple: “When Solomon was old, his wives turned his heart after other gods” (1 Kgs 11:4). Scripture does not first say that he abandoned the Temple or that he ceased to offer public worship. It speaks of the heart. In biblical language, the heart is not merely the seat of emotion; it is the core of discernment, the place where a person listens and chooses. Solomon had once asked for a “listening heart” (cf. 1 Kgs 3:9), a heart able to hear rightly so that he might judge justly and discern between good and evil.  Now the tragedy is that the heart that was trained to listen to God gradually learns to listen elsewhere. The drift begins before the collapse is visible. Solomon’s story reveals to us that spiritual battle starts within the heart. Our words and actions mirror what is in our hearts and finally how we perceive ourselves and others.

Serving God with Undivided Heart: The text describes Solomon’s heart as no longer “whole” or “complete” in relation to the Lord. One can hear behind it the Hebrew sense of shalem, an undivided integrity. The covenant does not primarily ask for impressive religious performance; it asks for a whole heart. It is for this reason that Deuteronomy 6: 4-8 is very emphatic on what is demanded of us from God: worship Him with our whole heart, our whole being.  Idolatry, therefore, is not simply a ritual mistake. It is a fragmentation of love, serving God with an undivided heart. When God is no longer the living reference point, other allegiances begin to colonize the soul. And this happens gradually until the dramatic moment.  Solomon not only tolerates rival worship; he becomes its patron. He builds high places, lends the weight of his authority to what will later wound his people. What started as a private compromise becomes a public structure. This is why the Lord’s word to Solomon is so severe. God speaks as one who has loved faithfully: “Since this has been your mind… you have not kept my covenant” (cf. 1 Kgs 11:11). The divine accusation is not petty; it is the language of wounded covenant love. Yet even here, divine judgment is not sheer destruction. God’s “no” contains a surprising mercy: the kingdom will be torn, but not in Solomon’s lifetime. The text insists on God’s fidelity to David and to Jerusalem, an insistence that points beyond human failure to a divine steadfastness that will not be annulled.

In other words, Israel’s future will not rest on Solomon’s achievements, nor will it be finally ruined by Solomon’s compromises. God will preserve a “lamp” in Jerusalem, a remnant of promise that cannot be explained by human merit alone. This is why the Israelites believe that, insofar as there is a single just person in the world, the world will be saved. It is a call not to give up serving God in the face of all the evil we experience in the world. But what is important is the need to take seriously the covenant love of God that is offended by our sins. The consequences of this unfaithfulness are not predictable.

Salvation of Christ is for all: In the Gospel, Jesus enters Tyre, a region associated with the Gentile world, and Mark tells us he “wanted no one to know it,” yet “he could not be hidden” (Mk 7:24). The line is almost tender: even when Jesus seeks quiet, people still find him. A woman appears, her daughter tormented, and she begs him to cast out the demon. Mark identifies her as a Syrophoenician, a double marker of otherness, culturally and religiously outside the covenant people.

When God surprise us: And then comes the sentence that unsettles many readers: “Let the children be fed first, for it is not right to take the children’s bread and throw it to the dogs” (Mk 7:27). We should not blunt its edge, because the Gospel does not. Jesus speaks within Israel’s priority in salvation history, the “first” of God’s promises. But the woman's response is the real revelation of the scene. She does not contest Israel’s place. She does not demand entitlement. She simply refuses despair. With astonishing spiritual intelligence, she transforms the image: “Yes, Lord; yet even the dogs under the table eat the children’s crumbs” (Mk 7:28). She accepts the order of “first,” but she claims that even within that order there is overflow. Her argument is not a philosophical thesis; it is a mother’s faith speaking through the logic of love and humility. “If God is truly God, then His abundance cannot be fenced in by human boundaries.” 

Jesus allowed his heart to be touched by this woman's faith.  Solomon’s heart, surrounded by privilege, becomes divided and finally dulled. The woman’s heart, surrounded by exclusion, becomes sharpened and luminous. Solomon had everything and gradually lost the essentials. The Syrophoenician woman touches the essential with bold humility. She does not ask for a seat at the table; she asks for what mercy cannot refuse.

Jesus’ reply is immediate and decisive: “For saying that, you may go; the demon has left your daughter” (Mk 7:29). The Greek word suggests that the decisive moment has already occurred: the liberation is accomplished, even before she returns home. This is not magic at a distance; it is the authority of the Son of God meeting a faith that touched his heart.  In Tyre, in a foreign house, outside the visible boundaries of Israel’s worship, the power of God acts. The scene quietly proclaims what the first reading painfully illustrates: God’s covenant is not preserved by human prestige, but by divine fidelity; and it is entered not only by proximity, but also by faith that clings.

Today’s readings speak to us in an astonishing manner. The danger with religious life is not simply being “in the Church” or “near the Temple.” Solomon was near, and yet his heart drifted from God. The saving grace is not simply being “far.” The woman was far and yet found a way into the heart of God. The decisive question is whether our hearts remain whole, undivided, whether they continue to listen to God and to the human ego. 

The Greek philosopher Socrates was said to have said during his defense speech that “the unexamined life is not worth living for a humane being” (Apology, 38a). A heart that doesn’t pause to listen to God could be lost through gradual compromises. The Syrophoenician woman teaches us that we can find God in a persistent cry of the heart, in perseverance, in the humility that dares to say: “Even if I am not counted among the children, I believe your mercy has room for me.”

Perhaps the Word today asks us to examine what quietly turns our hearts away from God, those seemingly small accommodations, those alliances we excuse because they appear harmless. Idolatry rarely arrives as a dramatic revolt; it often comes as a gradual rearrangement of loves. And at the same time, the Word of God invites us to learn from the Syrophoenician woman a faith that is neither bitter nor passive, but confident without presumption. She teaches us how to pray with resignation when doors seem closed. We should learn to pray also with a tenacity that trusts God’s goodness more than it trusts the evidence of the moment.

God’s faithfulness is everlasting: In the end, God remains what Solomon forgot and what the woman discovered: the Lord whose love is covenant, faithful, demanding, and inexhaustibly merciful. And if Jesus “could not be hidden,” it may be because divine mercy is like that: it cannot remain confined. It breaks out, sometimes in Jerusalem, sometimes in Tyre, wherever a heart is willing to be opened.


Friday, January 30, 2026

Le Mystère du Royaume de Dieu à travers des Paraboles. Marc 4:26–34 .


Frères et sœurs, dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus raconte deux courtes paraboles sur le mystère du Royaume de Dieu. Il illustre son enseignement par des exemples concrets tirés de la vie agricole. Nous avons tous déjà vu une graine semée en terre. Elle germe lentement. Le cultivateur ne voit que la pousse et la plante adulte. Ce qui se passe à l’intérieur du sol demeure un mystère. Bien que la science permette aujourd’hui, à des fins expérimentales, d’utiliser des appareils pour observer les graines à différents stades de leur croissance, même dans ce cas, ce qui se passe avec les graines dépasse ce que la science peut mesurer et comprendre. Il en va de même pour le Royaume de Dieu. Nous ne pouvons percevoir tout le mystère avec nos yeux nus. Il nous faut les yeux de la foi, les yeux du cœur.

Jésus illustre ensuite son enseignement par l'image de la graine de moutarde. Cette minuscule graine qui devient un arbre immense est peut-être l'image la plus puissante pour illustrer comment le Royaume de Dieu grandit silencieusement et lentement au milieu des événements du monde actuel. Ainsi, Jésus s'adresse directement à nos angoisses et à nos espoirs les plus profonds en tant que disciples.

Dans la première parabole, Jésus compare le royaume de Dieu à un homme qui sème de la semence en terre. Puis il se couche. Il se réveille. Les jours passent. Et sans vraiment comprendre comment la semence germe et grandit, il laisse la terre « produire d'elle-même », dit Jésus. Le semeur ne maîtrise pas le processus. Il ne tire pas les tiges vers le haut pour les faire pousser plus vite. Il fait simplement confiance à la semence, à la terre et à la puissance cachée de Dieu en eux.

Combien de fois agissons-nous comme si la croissance du royaume de Dieu dépendait entièrement de nous ? Nous nous inquiétons lorsque nos efforts semblent vains, lorsque nos prières restent sans réponse, lorsque notre témoignage est ignoré, lorsque nos communautés sont en difficulté. Mais Jésus nous rappelle : le royaume ne grandit pas par notre force, mais par la fidélité de Dieu. Notre rôle est de semer, de vivre avec intégrité, de dire la vérité avec amour, de faire preuve de miséricorde, et enfin de faire confiance. Le reste est entre les mains de Dieu.

Jésus nous dit alors que le royaume est comme une graine de moutarde, la plus petite de toutes, qui devient un grand arbuste où les oiseaux trouvent refuge. C'est une histoire d'espérance démesurée. Elle n'a rien à voir avec la « prospérité instantanée » prônée par certains aujourd'hui. Dieu n'a pas besoin de grands podiums ni de personnes parfaites. Il agit par de petits actes de foi : une parole bienveillante, un silence patient, la décision de pardonner, un « oui » discret à son appel. De ces humbles débuts naît quelque chose d'immense, offrant ombre et abri à autrui.

Il est important de noter que Jésus n'a pas prêché ces paraboles à des théologiens ou à des chefs. Il s'adressait à des gens ordinaires : agriculteurs, pêcheurs, mères, ouvriers, qui connaissaient la signification des semences et de la terre. Cela signifie qu'il nous rencontre là où nous sommes et qu'il nous appelle à la fidélité dans nos activités quotidiennes.

Alors, si vous vous sentez découragé aujourd'hui, si vos efforts vous semblent vains, si votre foi vous paraît fragile, souvenez-vous : Dieu aime les petits commencements. Il ne demande pas la perfection, mais notre confiance. Continuons donc à semer la parole de Dieu, en commençant par votre propre vie ; laissons-la prendre racine dans votre cœur et y mûrir. Les fruits de la Parole de Dieu se font attendre et requièrent donc de la patience. Ce même Dieu qui fait pousser une semence cachée est à l'œuvre en vous, en moi, dans nos familles, dans nos communautés.

Que faire lorsqu'on ne constate aucune croissance ? Il faut garder son calme et se rappeler que la parole de Dieu portera ses fruits en son temps. Notre devoir est de contribuer à l'œuvre de Dieu en laissant sa parole transformer nos vies jour après jour. Le royaume grandit, même maintenant. Car le combat, la moisson, la victoire… appartiennent au Seigneur.

Amen.

Prions :

Seigneur Jésus, sème ta parole dans nos cœurs. Apprends-nous à avoir confiance en ton œuvre cachée en nous et dans le monde. Puissions-nous apprendre la fidélité dans les petites choses. Donne-nous la patience tandis que ta grâce prend racine et grandit. Fais de nos vies un refuge pour les autres. Répands ta moisson en nous, dans nos familles et dans notre paroisse. Tu vis et règnes pour les siècles des siècles. Amen.

 


Entrons dans le Désert avec le Christ : Une Réflexion sur le Carême. (Luc 4:1-13)

  Le récit des tentations de Jésus (Luc 4, 1-13) se déroule après son baptême où la Voix venue du Ciel le déclare « Fils bien-Aimé ». Le dés...