Thursday, February 12, 2026

Entièrement Dévouée à Dieu : Les conséquences de l'échec de Salomon et la foi d'une mère. (1 Rois 11:4-13 ; Marc 7:24-30)

Chers frères et sœurs, aujourd'hui la Parole de Dieu nous conduit à un moment décisif dans la vie de Salomon et de Jésus. Dans la première lecture, le roi Salomon, qui fut jadis au cœur de l'espérance d'Israël fondée sur l'alliance, doté d'une sagesse sans précédent, est confronté au défi de persévérer dans la foi à un âge avancé. Dans l'Évangile, Jésus est interpellé par une femme considérée comme étrangère à la foi juive. Sa foi, mise à l'épreuve, s'est révélée humble et inébranlable.

 

Dans le livre des Rois, la phrase décisive est d'une simplicité poignante : « Quand Salomon fut vieux, ses femmes détournèrent son cœur vers d'autres dieux » (1 Rois 11,4). L'Écriture ne dit pas d'abord qu'il abandonna le Temple ou qu'il cessa d'offrir un culte public. Elle parle du cœur. Dans le langage biblique, le cœur n'est pas seulement le siège des émotions ; il est le centre du discernement, le lieu où l'on écoute et où l'on choisit. Salomon avait jadis demandé un « cœur attentif » (cf. 1 Rois 3,9), un cœur capable d'entendre avec justesse afin de juger avec justice et de discerner le bien du mal. Or, le drame est que ce cœur, formé à écouter Dieu, apprend peu à peu à écouter ailleurs. La dérive commence avant même que l'effondrement ne soit visible. L'histoire de Salomon nous révèle que le combat spirituel commence au fond du cœur. Nos paroles et nos actions reflètent ce qui se trouve dans notre cœur et, en fin de compte, la façon dont nous nous percevons et dont nous percevons les autres .

 

Servir Dieu d'un cœur sans partage : Le texte décrit le cœur de Salomon comme n'étant plus « entier » ni « complet » dans sa relation avec le Seigneur. On perçoit en filigrane le sens hébreu de shalem , une intégrité sans faille. L'alliance n'exige pas avant tout des performances religieuses impressionnantes ; elle exige un cœur entier . C'est pourquoi Deutéronome 6:4-8 insiste tant sur ce que Dieu attend de nous : l'adorer de tout notre cœur, de tout notre être. L'idolâtrie n'est donc pas une simple erreur rituelle. C'est une fragmentation de l'amour, un manque de dévouement au service de Dieu d'un cœur sans partage. Lorsque Dieu n'est plus le point de repère vivant, d'autres allégeances commencent à envahir l'âme. Et cela se produit progressivement jusqu'au moment dramatique. Salomon non seulement tolère le culte rival, mais il en devient le protecteur. Il construit des hauts lieux, il prête le poids de son autorité à ce qui, plus tard, blessera son peuple. Ce qui avait commencé comme un compromis privé devient une construction publique. C'est pourquoi la parole du Seigneur à Salomon est si sévère. Dieu parle comme un homme fidèle : « Puisque telle a été ta pensée… tu n’as pas respecté mon alliance » (cf. 1 Rois 11, 11). L’accusation divine n’est pas mesquine ; elle exprime l’amour blessé de l’alliance . Pourtant, même ici, le jugement divin n’est pas synonyme de destruction pure et simple. Le « non » de Dieu recèle une miséricorde surprenante : le royaume sera déchiré, mais pas du vivant de Salomon. Le texte insiste sur la fidélité de Dieu envers David et Jérusalem, une insistance qui, au-delà de la faute humaine, révèle une constance divine inébranlable.

 

En d'autres termes, l'avenir d'Israël ne repose pas sur les réalisations de Salomon, et ses compromis ne le ruineront pas définitivement. Dieu préservera à Jérusalem une lueur d'espoir, un vestige de la promesse qui ne s'explique pas par le seul mérite humain. C'est pourquoi les Israélites croient que, tant qu'il y aura une seule personne juste au monde, le monde sera sauvé . C'est un appel à ne pas renoncer à servir Dieu malgré tout le mal qui nous entoure. Mais l'essentiel est de prendre au sérieux l'amour de l'alliance que Dieu nous porte, amour offensé par nos péchés. Les conséquences de cette infidélité sont imprévisibles.

 

Le salut en Christ est pour tous : dans l’Évangile, Jésus entre à Tyr, région associée au monde païen, et Marc nous dit qu’il « ne voulait pas que cela se sache », mais qu’« il ne pouvait être caché » (Mc 7,24). Cette phrase est presque touchante : même lorsque Jésus cherche le calme, on le trouve. Une femme apparaît, sa fille tourmentée, et elle le supplie de chasser le démon. Marc la précise comme étant syro-phénicienne, double marqueur d’altérité, culturellement et religieusement en dehors du peuple de l’alliance.

 

Quand Dieu nous surprend : Vient alors cette phrase qui déconcerte nombre de lecteurs : « Laissez d’abord les enfants se rassasier, car il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens » (Mc 7, 27). Il ne faut pas en atténuer la portée, car l’Évangile ne le fait pas. Jésus parle de la priorité d’Israël dans l’histoire du salut, de la « première » des promesses de Dieu. Mais la réponse de la femme est la véritable révélation de cette scène. Elle ne conteste pas la place d’Israël. Elle ne revendique aucun droit. Elle refuse simplement le désespoir. Avec une intelligence spirituelle étonnante, elle transforme l’image : « Oui, Seigneur ; cependant, même les petits chiens, sous la table, mangent les miettes des enfants » (Mc 7, 28). Elle accepte l’ordre de la « première place », mais elle affirme que même au sein de cet ordre, il y a une abondance. Son argument n’est pas une thèse philosophique ; c’est la foi d’une mère qui s’exprime par la logique de l’amour et de l’humilité . « Si Dieu est véritablement Dieu, alors son abondance ne peut être limitée par des frontières humaines. »

 

Jésus laissa la foi de cette femme toucher son cœur . Le cœur de Salomon, baigné de privilèges, se divise et finit par s'émousser. Le cœur de la femme, confrontée à l'exclusion, s'aiguise et rayonne. Salomon possédait tout et a peu à peu perdu l'essentiel. La Syrophénicienne, avec une humilité audacieuse, touche à l'essentiel. Elle ne réclame pas une place à table ; elle demande ce que la miséricorde ne peut refuser.

 

La réponse de Jésus est immédiate et décisive : « Car, à ces mots, va ; le démon est sorti de ta fille » (Mc 7, 29). Le mot grec suggère que le moment décisif est déjà arrivé : la libération est accomplie, avant même son retour à la maison. Il ne s’agit pas d’un miracle à distance ; c’est l’autorité du Fils de Dieu face à une foi qui a touché son cœur. À Tyr, dans une maison étrangère, hors des frontières visibles du culte d’Israël, la puissance de Dieu agit. La scène proclame discrètement ce que la première lecture illustre douloureusement : l’alliance de Dieu ne se préserve pas par le prestige humain, mais par la fidélité divine ; et on y entre non seulement par la proximité, mais aussi par une foi inébranlable.

 

Les lectures d'aujourd'hui nous interpellent de façon étonnante . Le danger de la vie religieuse ne réside pas simplement dans le fait d'être « à l'église » ou « près du Temple ». Salomon était proche, et pourtant son cœur s'est éloigné de Dieu. La grâce salvatrice ne consiste pas simplement à être « loin ». La femme était loin, et pourtant elle a trouvé le chemin du cœur de Dieu. La question cruciale est de savoir si nos cœurs demeurent entiers, unis, s'ils continuent d'écouter Dieu et notre ego.

 

On attribue au philosophe grec Socrate cette déclaration lors de sa plaidoirie : « Pour un être humain, une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue » (Apologie, 38a). Un cœur qui ne prend pas le temps d’écouter Dieu risque de se perdre par des compromis insidieux. La femme syro-phénicienne nous enseigne que nous pouvons trouver Dieu dans un cri persistant du cœur, dans la persévérance, dans l’humilité qui ose dire : « Même si je ne suis pas compté parmi les enfants, je crois que ta miséricorde m’accueille. »

 

Peut-être la Parole d'aujourd'hui nous invite-t-elle à examiner ce qui, insidieusement, détourne nos cœurs de Dieu : ces concessions apparemment insignifiantes, ces alliances que nous tolérons parce qu'elles semblent anodines. L'idolâtrie se manifeste rarement par une révolte spectaculaire ; elle survient souvent comme un réarrangement progressif de nos affections . Parallèlement, la Parole de Dieu nous invite à apprendre de la femme syro-phénicienne une foi ni amère ni passive, mais confiante sans prétention. Elle nous enseigne à prier avec résignation lorsque toutes les portes semblent fermées. Apprenons aussi à prier avec une ténacité qui repose davantage sur la bonté de Dieu que sur les apparences.

 

La fidélité de Dieu est éternelle : en fin de compte, Dieu demeure ce que Salomon a oublié dans sa vieillesse et ce que la femme a découvert : le Seigneur dont l’amour est alliance, fidèle, exigeant et infiniment miséricordieux. Et si Jésus « ne pouvait être caché », c’est peut-être parce que la miséricorde divine est ainsi : elle ne peut rester confinée. Elle jaillit, tantôt à Jérusalem, tantôt à Tyr, partout où un cœur est prêt à s’ouvrir.


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