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un repas a toujours représenté bien plus que simplement manger ensemble. Dans
de nombreuses cultures, c'est un signe de bienvenue, d'amitié et d'acceptation.
C'était particulièrement vrai dans le monde de Jésus. Les invités
s'installaient généralement allongés à table, les pieds écartés du plat. Offrir
de l'eau pour se laver les pieds, saluer un invité d'un baiser ou lui proposer
de l'huile étaient des marques d'hospitalité et de respect courantes.
C’est dans ce contexte
que Luc nous raconte qu’un pharisien nommé Simon invita Jésus à manger chez
lui.
Puis
une personne inattendue entre en scène : « une femme de la ville,
connue pour sa vie de pécheresse ». Luc ne précise pas la nature de son
péché. Ce qui importe, c’est que sa réputation était notoire. Simon le sait, et
la femme elle-même semble profondément consciente de sa vie passée.
Elle
arrive, portant un flacon d'albâtre rempli d'onguent. Se tenant derrière Jésus,
à ses pieds, elle se met à pleurer. Ses larmes tombent sur ses pieds. Elle les
essuie avec ses cheveux, les embrasse à plusieurs reprises et les oint
d'onguent.
Ces gestes peuvent nous
paraître excessifs. Mais Jésus lui-même en explique le sens.
Il se tourne vers Simon
et lui demande : « Vois-tu
cette femme ? »
Cette
question est importante. Simon l'a déjà observée, mais peut-être ne l'a-t-il
pas vraiment vue . Il voit sa réputation. Il voit
son passé. Il voit une personne qu'un homme saint devrait, selon lui, éviter. À
ses yeux, elle a déjà été jugée et condamnée.
Mais Jésus voit autre
chose : un cœur
qui a rencontré la miséricorde.
Sa
question résonne encore aujourd'hui : voyez-vous cette femme ? Notre regard sur autrui, surtout
sur ceux dont nous désapprouvons la vie ou le passé, révèle souvent ce qui se
passe au fond de nous. Ne voyons-nous que leurs échecs, ou sommes-nous encore
capables de voir la personne qui se tient devant nous ?
Jésus
oppose ensuite l'accueil réservé à Simon aux agissements de la femme : « Tu ne m'as pas donné
d'eau pour me laver les pieds, mais elle les a arrosés de ses larmes. Tu ne
m'as pas embrassé, mais elle n'a cessé d'embrasser mes pieds. Tu n'as pas oint
ma tête d'huile, mais elle a oint mes pieds de parfum. »
Jésus ne se contente
pas de comparer les bonnes et les mauvaises manières, ni de condamner Simon. Il
révèle ce qui se passe au fond de deux cœurs.
Les larmes de la femme expriment le repentir et la gratitude.
Ses baisers témoignent d'affection et de respect. Le précieux onguent symbolise
la générosité . Même le fait d'essuyer les pieds de Jésus avec ses cheveux
suggère qu'elle ne se soucie plus de préserver sa dignité devant les témoins.
Elle se présente devant Jésus sans artifice, sans excuses, telle qu'elle est.
Et Jésus appelle tout
cela l'amour .
Mais
il est essentiel de bien comprendre cet ordre. La femme n'achète pas le pardon
par ses larmes, ses baisers ou son parfum. La courte parabole des deux
débiteurs racontée par Jésus le démontre clairement. Aucun des deux ne pouvait
rembourser sa dette, et le créancier leur a accordé son pardon à tous deux sans
hésiter.
Alors Jésus demande : « Lequel d’entre eux
l’aimera le plus ? »
La réponse est simple :
celui à qui on a le plus pardonné.
L'amour de cette femme est donc le fruit de la miséricorde
reçue. Ses
gestes révèlent qu'un changement s'est déjà opéré en elle. Elle a pris
conscience de la profondeur de son besoin et de la grandeur de la miséricorde
qui lui a été offerte. Lorsque la grâce de Dieu entre dans une vie, le passé
n'a plus le dernier mot.
Le
problème de Simon est plus subtil. C'est assurément un homme religieux,
respectable et d'une grande rigueur morale. Pourtant, il semble incapable de
reconnaître son propre besoin de miséricorde. Et parce qu'il ne perçoit pas sa
propre dette, il ne peut comprendre la gratitude de la femme.
C’est peut-être là le
véritable défi pour nous.
Parfois,
le plus grand obstacle pour faire l'expérience de la miséricorde de Dieu n'est
pas simplement notre péché, mais la conviction que nous n'avons besoin que de
très peu de miséricorde.
Jésus dit de cette
femme : « Ses
nombreux péchés lui ont été pardonnés ; c’est pourquoi elle a fait preuve d’un
grand amour. »
L’Évangile nous invite
donc à nous poser une question plus personnelle :
Suis-je
pleinement conscient de la miséricorde que Dieu m'a témoignée ?
Lorsque
nous prenons pleinement conscience de la patience et de la miséricorde dont
Dieu a fait preuve à notre égard, la conversion devient une réponse
reconnaissante à son amour. Nous jugeons moins hâtivement les autres. La
gratitude remplace peu à peu la plainte. Notre amour devient moins calculé, car
nous savons que nous vivons nous-mêmes par miséricorde.
Comme cette femme, nous
découvrons que la miséricorde de Dieu ne nous emprisonne pas dans notre passé.
Elle nous restaure, nous offre un nouveau départ et nous envoie d'avant, avec
les paroles que Jésus prononce à la fin :
« Ta foi
t’a sauvé ; va en paix. »
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