Chers frères et
sœurs dans le Christ, Que la paix et l’amour du Christ soient avec vous !
Avez-vous déjà
ressenti le poids de l’échec d’un autre ? Vous êtes-vous déjà retrouvé dans
cette situation douloureuse où l’amour vous pousse à prier ardemment pour
quelqu’un qui a chuté, peut-être un
enfant, un ami, un conjoint ou même toute une communauté ?
Dans la première
lecture d’aujourd’hui, tirée du livre de l’Exode, nous voyons Moïse précisément
dans cette position : une posture faite de douleur, de confrontation, mais
aussi de profonde intercession. C’est l’un des dialogues les plus intenses de
toute l’Écriture : un moment où la colère divine rencontre la supplication
humaine. Mais c’est surtout un moment où se révèle le cœur de Dieu et la
puissance de sa miséricorde.
La scène est
saisissante. Sur la montagne, Moïse est enveloppé de la gloire divine, recevant
les tables de l’Alliance. Pendant ce temps, en bas, le peuple qu’il conduit –
sauvé d’Égypte par la main puissante de Dieu – s’est déjà détourné. Ils
fabriquent un veau d’or et s’écrient : « Voici ton dieu, Israël ! » Alors, Dieu
parle : « Descends, car ton peuple, que tu as fait sortir d’Égypte, s’est
perverti.»
Le mot hébreu lekh
red , « descends », est riche
de sens. Il ne s’agit pas seulement d’un mouvement physique, mais d’une
descente symbolique : de la communion divine vers le chaos du péché humain.
Moïse est appelé à retourner dans la brèche, à se tenir entre Dieu et son
peuple déchu.
Dieu déclare
qu’Israël s’est « rapidement détourné », une expression qui souligne à quel point nos
cœurs peuvent se détourner facilement lorsqu’ils perdent de vue Dieu. C’est une
réalité pour chacun de nous : même après des moments d’élévation spirituelle,
nous pouvons retomber dans de vieux schémas si nous ne restons pas vigilants.
« Laisse-moi
faire… » : L’invitation à
intercéder. Dieu dit
alors quelque chose de surprenant : « Maintenant, laisse-moi faire : ma colère
va s’enflammer contre eux, et je vais les détruire. » (v.10). Dieu a-t-il
vraiment besoin de l’autorisation de Moïse ? Non. Mais c’est là tout le mystère
: Dieu invite Moïse à faire ce que Lui-même désire ; intercéder.
Et Moïse accepte.
Il ne cherche pas à excuser le peuple, ni à nier sa faute. Il plaide plutôt sur
deux fondements essentiels :
Les actions
passées de Dieu : « Pourquoi ta colère
s’enflammerait-elle contre ton peuple, que tu as fait sortir d’Égypte avec
puissance et force ? » Le mot hébreu beḥozeq yad – « avec main forte » –
évoque la puissance rédemptrice de Dieu. Moïse rappelle à Dieu qui Il est.
Les promesses
faites aux patriarches : « Souviens-toi
de tes serviteurs Abraham, Isaac et Israël… » Ici, le mot-clé est zakhar
– « se souvenir ». Dans la pensée biblique, se souvenir n’est pas un simple
acte mental, c’est un acte d’alliance. Moïse supplie Dieu de rester fidèle à
ses promesses, car l’identité même de Dieu est enracinée dans sa miséricorde et
sa fidélité.
Moïse ne juge pas
de loin ; il prend sur lui la souffrance de son peuple. Il se tient devant Dieu
avec amour. Voilà le vrai cœur d’un intercesseur.
Et alors vient
l’un des versets les plus bouleversants de la Bible : « Le Seigneur renonça au
mal qu’il avait voulu faire à son peuple. » Le verbe hébreu utilisé ici, vayyināḥem
(de naḥam), signifie : se repentir, se laisser émouvoir, changer d’avis
par compassion. Il ne s’agit pas d’une erreur divine, mais d’un Dieu qui se
laisse toucher par l’amour et la prière.
Un message pour
nous aujourd’hui : Ce passage
révèle une vérité profonde : Dieu n’est pas distant. Il est ému par l’amour, le
souvenir, l’intercession. Même quand nous chutons , vite, durement, honteusement , Il ne nous abandonne pas. Nous avons un Moïse…
et bien plus encore : nous avons Jésus, l’intercesseur parfait.
Comme Moïse s’est
tenu dans la brèche, ainsi le Christ : « Il est à la droite de Dieu et
intercède pour nous. » (Romains 8,34). En Jésus-Christ, Dieu a scellé avec
l’humanité une alliance nouvelle et éternelle. Nous sommes invités à découvrir
ou redécouvrir cette alliance que nous célébrons de façon particulière dans
l’Eucharistie. Nous sommes un peuple d’Alliance, et il nous faut en vivre
chaque jour en conscience. Là se trouve le secret de la fidélité durable à
Dieu.
Le fait que Dieu
renonce ici à sa colère montre que sa justice n’est pas une rage aveugle, mais
toujours équilibrée par la miséricorde. Quand nous prions pour les autres,
quand nous pleurons, jeûnons, intercédons, quand nous rappelons à Dieu ses
promesses, nous participons à ce même dialogue divin.
Invitation
Es-tu découragé par tes propres échecs ou ceux des autres ? Ressens-tu la
colère ou l’absence de Dieu? Souviens-toi de ceci : Dieu écoute l’intercession.
Il renonce. Il se souvient. Il restaure.
Puissions-nous
tous devenir comme Moïse, le cœur brisé pour les autres, debout entre la
montagne et la vallée, appelant le ciel à descendre sur la terre, croyant que
la miséricorde n’est jamais épuisée.
Amen.