Il y a quelque
temps, un groupe d'adolescents s'était rassemblé devant la salle paroissiale
après la soirée annuelle des jeunes. Une jeune fille, les bras croisés et le
regard baissé, semblait errer à l'écart. Elle n'avait pas prononcé un mot durant toute la soirée. Son silence et son visage triste attirèrent l'attention. Plus
tard, une bénévole me confia qu'elle venait de revenir après des années
d'absence, chassée de chez elle par ses parents, aux prises avec des addictions
et se demandant si sa vie avait du sense et si elle avait encore sa place à l'église. « Je ne pense pas
que Jésus voudrait de quelqu'un comme moi auprès de Lui », murmura-t-elle à la
bénévole. C'est précisément le genre de personne avec laquelle Jésus partage un
repas dans l'Évangile d'aujourd'hui.
Marc nous rapporte
qu'après avoir appelé Lévi, collecteur d'impôts, collaborateur de l'Empire
romain, homme méprisé comme traître et imposteur par ses compatriotes, Jésus ne
le tient pas à distance. Il se rend chez lui et partage un repas avec
lui. S'asseoir à table et dîner avec quelqu'un est un signe d'amitié, d'amour
et de communion. Et à cette table se trouvent « beaucoup de collecteurs
d'impôts et de pécheurs ». Être à table avec Jésus signifie beaucoup
pour eux. On peut imaginer ce qu'ils ont dû ressentir, la joie qui rayonnait
sur leurs visages, assis si près de Jésus, un homme dont la renommée avait
attiré tant d'attention.
Cette situation
inattendue scandalisa les pharisiens. « Pourquoi mange-t-il avec de telles
personnes ? » demandèrent-ils.
Mais la réponse de
Jésus révèle l'amour de Dieu pour les pécheurs, ceux qui se trouvent en marge
de la société : « Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin
de médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les
pécheurs. »
Jésus les
rencontre dans leur désarroi et les appelle par leur nom . Lévi
ne devient pas saint avant de suivre Jésus. Il a ressenti librement l'amour de
Jésus et a décidé de le suivre. Et sa guérison commence ici.
Voilà le cœur de
l'Évangile. La grâce de Dieu n'est pas une récompense pour une bonne conduite.
C'est la bouée de sauvetage lancée à ceux qui se noient dans les fleuves de ce
monde, dans le péché et toutes ses conséquences. Il nous est rappelé que l'Église
n'est pas un musée pour les saints, mais un hôpital de campagne pour les
blessés, comme le disait souvent le pape François.
Cet Évangile nous
révèle aussi le mystère de l'Eucharistie. Elle n'est pas une récompense pour
les parfaits, mais un remède pour les faibles, une nourriture pour notre
pèlerinage terrestre et un avant-goût du banquet où tous ceux qui ont
soif de la miséricorde de Dieu seront accueillis et servis.
Alors,
demandez-vous : « Est-ce que vous hésitez parce que vous vous sentez indigne de
venir à Jésus ? Écoutez ceci : votre conscience de votre besoin d'être pardonné
et sauvé est votre préparation. Par conséquent, venez tel que vous êtes.
»
Si vous êtes tenté
de juger qui a sa place à table, rappelez-vous que nous n'avons pas mérité
notre place. Nous avons été invités non pas parce que nous sommes
irréprochables, mais parce que nous sommes aimés.
Croisez-vous les «
Levi's » de notre époque, les exclus, les déshonorés, ceux que le monde rejette
? Jésus est déjà assis avec eux et nous invite à le rejoindre.
En fin de compte,
nous comprenons que la sainteté ne consiste pas à éviter les pécheurs. Il
s'agit de les aimer comme Jésus les aime, d'être suffisamment proches pour
partager un repas, suffisamment proches pour transformer une vie. La sainteté,
c'est aussi reconnaître notre péché et accepter que le Christ partage notre
table et nos paroles pour nous nourrir spirituellement.
Et peut-être, qui
sait, que ce pécheur qu'Il appelle… c'est vous. Tant mieux. Il nous attendait,
vous et moi. Puissions-nous ne plus tarder à répondre à son invitation.
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