
Le prophète
Michée nous présente une scène qui ressemble à celle d’un tribunal. Dieu
appelle les montagnes et les fondements de la terre à être témoins du procès
qui L’oppose à son peuple. Pourtant, ses paroles ne sont pas celles d’un juge
irrité, impatient de condamner. Ce sont les paroles d’un Père blessé :
« Mon peuple, que
t’ai-je fait ? En quoi t’ai-je fatigué ? »
Les questions de
Dieu sont profondément touchantes. Aujourd’hui
encore, Il nous adresse les mêmes questions. Dieu demande à son peuple de se
souvenir. Il l’a fait sortir de l’esclavage en Égypte. Il l’a libéré de la
servitude. Il lui a donné des guides et l’a accompagné tout au long de son
chemin. Le problème n’était pas que Dieu avait abandonné son peuple. C’est son
peuple qui avait oublié son amour et progressivement réduit sa relation avec
Lui à l’accomplissement extérieur de devoirs religieux.
Cela explique les
questions qui suivent : « Avec quoi me présenterai-je devant le Seigneur ? »
Dois-je Lui offrir des holocaustes ? Des milliers de béliers ? Des torrents
d’huile ? Dois-je même Lui offrir mon fils premier-né ?
Derrière ces
propositions démesurées se cache un grave danger spirituel auquel nous sommes,
nous aussi, confrontés aujourd’hui. Nous pouvons nous imaginer que Dieu se
satisfera de la quantité de nos offrandes, alors même que notre vie ne change
pas. Nous pouvons participer aux célébrations de l’Église, réciter de
nombreuses prières devenues habituelles, consentir des sacrifices et accomplir
nos devoirs religieux, tout en négligeant la justice, en refusant de faire
preuve de miséricorde envers les autres ou en manquant d’honnêteté dans nos
relations. Nous pouvons également négliger le pardon et la réconciliation, et
rester indifférents aux personnes vulnérables.
Le prophète
Michée leur donne, comme à nous aujourd’hui, une réponse directe :
« On t’a fait
connaître, ô homme, ce qui est bien, ce que le Seigneur exige de toi : rien
d’autre que de pratiquer la justice, d’aimer la bonté et de marcher humblement
avec ton Dieu. »
Dieu ne rejette
ni le culte ni le sacrifice. Il rejette un culte séparé de la vie. Le véritable
culte doit nous conduire à pratiquer la justice. Il doit faire grandir en nous
l’amour de la bonté et de la miséricorde. Il nous apprend à marcher humblement avec
Dieu.
Marcher avec Dieu
est l’une des plus belles images que nous offre la Sainte Écriture. Dans le
livre de la Genèse, Dieu est présenté marchant dans le jardin à la brise du
jour. L’être humain a été créé pour cette proximité, pour cette amitié et cette
communion avec son Créateur. Le péché a brisé cette relation. Adam et Ève se
sont cachés parce que la peur avait pris la place de la confiance.
Pourtant, Dieu
n’a jamais renoncé à son désir de marcher avec l’humanité.
Hénoch « marchait
avec Dieu ». Noé, lui aussi, « marchait avec Dieu » au milieu d’une génération
corrompue. Dieu dit à Abraham : « Marche en ma présence et sois irréprochable.
» Plus tard, Dieu accompagna Israël dans le désert, le guidant par une nuée pendant
le jour et par une colonne de feu pendant la nuit.
En Jésus-Christ,
ce désir de Dieu devient encore plus manifeste. Dieu ne marche plus avec l’humanité uniquement à travers des signes. Le
Verbe se fait chair et parcourt nos chemins. Jésus traverse les villages, entre
dans les maisons, s’assied à table, s’approche des malades, accueille les
pécheurs et accompagne les disciples découragés sur le chemin d’Emmaüs.
Marcher
humblement avec Dieu signifie donc Lui permettre de nous accompagner dans tous
les aspects de notre vie. Cela signifie L’écouter lorsque sa Parole nous
corrige. Cela signifie reconnaître que nous ne possédons pas toutes les
réponses. Cela signifie renoncer au désir de paraître supérieurs aux autres.
Une personne humble ne marche pas devant Dieu en décidant de tout sans Lui.
Elle ne reste pas non plus loin derrière Lui, paralysée par la peur. L’humilité
consiste à marcher à ses côtés dans la confiance et l’obéissance.
Cette marche doit
également transformer notre manière de traiter les autres. Nous ne pouvons pas prétendre marcher avec Dieu tout en écrasant ceux qui
ont été créés à son image. La justice nous demande de rendre à chacun ce qui
lui est dû. La bonté nous conduit au-delà de la simple obligation et nous ouvre
à la compassion. L’humilité empêche nos bonnes actions de devenir des occasions
d’orgueil et de recherche de notre propre gloire. Il nous arrive parfois d’être
pris au piège de ces péchés sans même nous en rendre compte. Il est donc
essentiel d’en prendre conscience.
La question du
Seigneur nous rejoint encore aujourd’hui :
« Mon peuple, que
t’ai-je fait ? »
Peut-être nous
sommes-nous lassés de Dieu parce que nous avons connu une pratique religieuse
dépourvue d’une véritable amitié avec Lui. Michée nous invite à revenir à
l’essentiel. Dieu ne nous demande pas des gestes spectaculaires. Il nous
demande une vie qui reflète son cœur.
Pratique la
justice. Aime la bonté. Marche humblement avec ton Dieu.
Ce n’est pas une
petite exigence. C’est le chemin de la conversion, de la vie du disciple et de
la sainteté : « Soyez saints, car Moi, le Seigneur votre Dieu, Je suis saint
» (Lévitique 19, 2). C’est le chemin qui nous ramène au jardin, là où Dieu
a toujours désiré marcher avec son peuple.
Prions le
Seigneur :
Seigneur,
apprends-moi à pratiquer la justice, à aimer la bonté et à marcher humblement
avec Toi chaque jour. Libère-moi de l’orgueil, de l’égoïsme et des pratiques
religieuses vides de sens. Que ta présence transforme mon cœur, guide mes
décisions et façonne ma manière de traiter les autres. Marche avec moi,
Seigneur, et aide-moi à Te rester fidèle à chaque instant de ma vie. Amen.
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